Professeur d’histoire décapité à Conflans : ce que l’on sait – Les Échos

Publié le 17 oct. 2020 à 12:08Mis à jour le 17 oct. 2020 à 18:35

La décapitation à Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines) d’un professeur d’histoire-géographie a frappé d’effroi la France, de nouveau touchée par un « attentat terroriste islamiste caractérisé », selon les mots d’Emmanuel Macron, trois semaines après l’attaque devant les anciens locaux de Charlie Hebdo.

« Ils ne passeront pas. L’obscurantisme ne gagnera pas ». C’est un chef de l’Etat très ému, entouré du ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, et du ministère de l’Education, Jean-Michel Blanquer, qui a appelé la nation à « faire bloc », quelques heures après l’assassinat de l’enseignant, à la sortie du collège du Bois d’Aulne où travaillait la victime.

Un hommage national à l’enseignant sera rendu mercredi, a indiqué l’Elysée.

Les faits

L’enseignant se trouvait sur le chemin vers son lieu de travail au moment où il a été attaqué. Les faits se sont déroulés vers 17h. Des effectifs de la brigade anticriminalité (BAC) d’Eragny-sur-Oise (Val-d’Oise) ont été appelés pour un individu suspect rôdant près du collège du Bois d’Aulne.

Sur place, ils ont découvert la victime et, 200 mètres plus loin, ont tenté d’interpeller un homme armé d’un couteau qui les menaçait et ont fait feu sur lui. Selon une source proche de l’enquête, il a crié « Allah Akbar » avant d’être abattu.

« Les investigations se poursuivent pour déterminer l’emploi du temps de l’assaillant dans les heures et les jours précédant l’attaque », a indiqué Le procureur national antiterroriste Jean-François Ricard.

Qui est l’assaillant ?

L’assaillant a été identifié comme Abdoullakh Abouyezidvitch A., un jeune homme de 18 ans d’origine tchétchène né à Moscou. Il bénéficiait du statut de réfugié. Connu pour des antécédents de droit commun, son casier judiciaire était toutefois vierge et il n’était pas connu des services de renseignement pour radicalisation, selon plusieurs sources proches du dossier.

Le message de revendication adressé à Emmanuel Macron, « le dirigeant des infidèles », qui dit vouloir venger celui « qui a osé rabaisser Muhammad », publié sur Twitter avec la photo du professeur décapité, a été publié sur un compte appartenant bien à l’agresseur. La première exploitation du téléphone de l’agresseur « a permis de retrouver dans le bloc-notes le texte de la revendication, enregistré à 12H17 ainsi que la photographie de la victime décédée horodatée à 16H57 », a indiqué le Procureur.

La caricature de Mahomet

Selon les premiers éléments de l’enquête, Samuel Paty, quadragénaire et père de famille, qui enseignait l’histoire-géographie, avait montré à ses élèves la semaine dernière une caricature de Mahomet, lors d’un cours sur la liberté d’expression. Un signalement était parvenu à Rodrigo Arenas, coprésident de la FCPE, la première association de parents d’élèves, faisant état « d’un père extrêmement énervé », qui avait publié le soir-même un message très violent sur son compte Facebook.

La victime aurait, selon lui, « invité les élèves musulmans à sortir de la classe » avant de montrer un dessin du prophète accroupi avec une étoile dessinée sur ses fesses et l’inscription « une étoile est née ».

Ce père avait été reçu au collège demandant la démission du professeur. Il avait ensuite republié un message avec les coordonnées du professeur, appelant à la vengeance.

VIDEO. « La République ne reculera jamais », affirme Jean-Michel Blanquer

Une plainte déposée par un parent

Il a ensuite déposé plainte contre le professeur et diffusé une vidéo sur les réseaux sociaux dans laquelle il qualifiait l’enseignant de « voyou » pour avoir montré des caricatures de Mahomet « nu » pendant un cours dans la classe de 4e de sa fille.

Le professeur avait, quelques jours plus tard, porté plainte à son tour pour diffamation. Convoqués au commissariat pour rencontrer le professeur le 14 octobre, le père et sa fille ne se sont jamais présentés.

Neuf personnes en garde à vue

Rapidement après l’attaque, une enquête a été ouverte pour « assassinat en relation avec une entreprise terroriste » et « association de malfaiteurs terroriste criminelle » par le parquet national antiterroriste (Pnat).

Les parents, le grand-père et le petit frère de l’assaillant, interpellés à Evreux (Eure), avaient été placés en garde à vue dans la soirée de vendredi et cinq nouvelles personnes ont été interpellées dans la nuit, portant à neuf le nombre total de personnes en garde à vue, a-t-on appris de source judiciaire.

Parmi les cinq nouvelles personnes, figurent deux parents d’élève du collège où travaillait la victime, ainsi que des personnes de l’entourage non familial de l’assaillant mais connus des services de renseignements.

Le contexte

Cette attaque survient trois semaines après celle devant les anciens locaux de Charlie Hebdo à Paris, en plein procès des attaques de janvier 2015, qui avaient décimé la rédaction de l’hebdomadaire satirique. La rédaction de Charlie Hebdo a fait l’objet de nouvelles menaces, de la part d’Al Qaïda notamment, depuis la republication des caricatures de Mahomet le 2 septembre pour l’ouverture du procès.

La représentation des prophètes est strictement interdite par l’islam sunnite. Ridiculiser ou insulter le prophète Mahomet est passible de la peine de mort dans certains pays musulmans.

Source: lesechos.fr

Geef een reactie