Financement libyen de sa campagne de 2007 : quatrième mise en examen pour Nicolas Sarkozy – Le Monde

L’ancien président de la République Nicolas Sarkozy a été mis en examen pour « association de malfaiteurs » dans le cadre de l’enquête sur le financement de sa campagne électorale de 2007, a annoncé vendredi 16 octobre le Parquet national financier (PNF), confirmant une information de Mediapart.

A l’issue de quatre jours d’audition et d’un interrogatoire-fleuve de plus de quarante heures terminé lundi soir, Nicolas Sarkozy a été mis en examen une quatrième fois dans ce dossier, instruit par les juges d’instruction Aude Buresi et Marc Sommerer, qui ont succédé à Serge Tournaire. Il a également été mis en cause, depuis mars 2018, pour « corruption », « recel de détournements de fonds publics [libyens] » et « financement illicite de campagne électorale » et placé sous contrôle judiciaire.

Par un réquisitoire supplétif signé fin janvier, le PNF avait élargi les investigations à ces faits d’« association de malfaiteurs », ouvrant la voie à des mises en examen de nouveaux suspects ainsi qu’à une aggravation des poursuites contre les protagonistes déjà impliqués, dont M. Sarkozy.

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Pourvoi en cassation

Le 31 janvier, les magistrats ont mis en examen pour « association de malfaiteurs » l’un des ex-collaborateurs de M. Sarkozy, Thierry Gaubert, soupçonné d’avoir touché des fonds provenant du régime libyen qui auraient pu alimenter la campagne pour la présidentielle de 2007. Lors de sa dernière audition, en juin 2019, M. Sarkozy avait dit être « totalement innocent dans cette affaire », dénoncé un « complot », puis refusé de répondre aux questions des magistrats instructeurs, le temps de l’examen de recours visant à faire annuler l’enquête.

Mais un arrêt de la cour d’appel de Paris du 24 septembre a permis de relancer l’enquête : la chambre de l’instruction, chargée d’étudier les recours contre les actes d’instruction, a rejeté l’essentiel des arguments du camp Sarkozy, qui invoquait des nullités contre ces investigations. Elle a ainsi presque entièrement validé les investigations lancées il y a huit ans dans cette affaire aux multiples ramifications.

M. Sarkozy s’est pourvu en cassation contre cette décision, tout comme Eric Woerth, Claude Guéant et Alexandre Djouhri, a fait savoir une source judiciaire.

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« Innocence à nouveau bafouée »

L’ancien chef de l’Etat a exprimé vendredi sa « stupéfaction » et estimé son « innocence à nouveau bafouée » : « J’ai appris cette nouvelle mise en examen avec la plus grande stupéfaction (…). Mon innocence est à nouveau bafouée par une décision qui ne rapporte pas la moindre preuve d’un quelconque financement illicite », a-t-il déclaré dans un message publié sur Facebook.

« Chacun voit bien qu’il s’agit d’une décision sans précédent en cohérence avec les investigations réalisées. La procédure suit son cours », a pour sa part réagi Vincent Brengarth, l’avocat de l’association anticorruption Sherpa, partie civile dans ce dossier.

Enquête ouverte en 2012

L’enquête avait été ouverte après la publication par Mediapart, en 2012, dans l’entre-deux tours de la présidentielle, d’un document censé prouver que la campagne victorieuse de Nicolas Sarkozy avait été financée par le régime de Mouammar Kadhafi.

Témoignages de dignitaires libyens, notes des services secrets de Tripoli, accusations d’un intermédiaire… En sept ans de travail, les magistrats ont réuni une somme d’indices troublants qui ont donné corps à la thèse selon laquelle la campagne de M. Sarkozy avait été financée par le régime de Mouammar Kadhafi. Toutefois, aucune preuve matérielle indiscutable n’a pour l’heure été trouvée, même si des mouvements de fonds suspects ont conduit à neuf mises en examen à ce jour.

En novembre 2016, l’homme d’affaires Ziad Takieddine – un des mis en examen dans cette affaire et en fuite depuis sa condamnation en juin dans le volet financier de l’affaire Karachi – avait affirmé avoir remis entre fin 2006 et début 2007 5 millions d’euros à M. Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur, et à son directeur de cabinet, Claude Guéant.

Jugé en novembre et en mars

Outre ce dossier, dans lequel les investigations sont encore en cours, l’ex-chef de l’Etat doit être jugé du 23 novembre au 10 décembre pour « corruption » dans l’affaire dite des « écoutes » : il est soupçonné d’avoir tenté, avec son avocat Thierry Herzog, d’obtenir d’un haut magistrat, Gilbert Azibert, des informations couvertes par le secret dans une procédure judiciaire.

M. Sarkozy doit également être jugé du 17 mars au 15 avril 2021 pour le financement illégal de son autre campagne présidentielle, celle de 2012, dans le cadre de l’affaire Bygmalion : il lui est reproché le dépassement du plafond de dépenses de campagne.

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Le Monde avec AFP

Source: lemonde.fr

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