Face aux médecins démissionnaires, Agnès Buzyn sourde à l’urgence – Libération


Manifestation en faveur de l'hôpital public à Paris, le 14 novembre 2019.
Manifestation en faveur de l’hôpital public à Paris, le 14 novembre 2019. Photo Marie Rouge pour Libération

Reçus vendredi soir par leur ministre de tutelle, les représentants du collectif interhôpital sont sortis «très déçus» de l’entrevue. Ils ont annoncé une journée «Hôpital mort» le 14 février.

Deux heures trente de dialogue de sourd. C’est «très déçus» que les six médecins hospitaliers, représentants du collectif interhôpital, sont sortis vendredi soir du bureau de la ministre de la santé Agnès Buzyn. En dépit de la menace de démission collective brandie en début de semaine par 1 200 de leurs collègues, l’exécutif a de fait opposé une fin de non-recevoir à leur demande d’«ouverture de négociations immédiate».

Calendrier inacceptable

«On a redit à la ministre à quel point il y a urgence à nous donner plus de moyens, résume le professeur Agnès Hartemann, chef du service diabétologie à la Pitié Salpêtrière. L’hémorragie des personnels paramédicaux nous contraint à fermer des lits d’hospitalisation tous les jours. Il est impératif de revaloriser très vite les salaires pour rendre de l’attractivité à l’hôpital public. Elle n’entend pas cet appel.» C’est au contraire à la patience que Buzyn a appelé ses interlocuteurs. Le temps, a argué la ministre, que les primes annoncées fin novembre dans le cadre du dernier plan d’urgence pour l’hôpital produisent leurs premiers effets. «Personne n’a contesté que les mesures déjà dans les tuyaux allaient dans le bon sens», insiste son entourage. «La ministre n’a pas de mandat pour aller plus loin sur la revalorisation des salaires des agents hospitaliers, même si elle ne nie pas le besoin. C’est pourquoi elle a donné rendez-vous aux représentants du collectif interhôpital dans deux mois une fois que la hausse des fiches de paie de quelque 200 000 agents hospitaliers se sera concrétisée. On pourra à ce moment-là commencer à travailler sur un nouveau paquet de mesures.»

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Un calendrier inacceptable pour les médecins hospitaliers en détresse. D’autant que tous les autres dossiers qui leur tiennent à cœur sont aussi repoussés à plus tard. Agnès Hartemann énumère : «Nous avons réclamé une modification rapide du système de la tarification à l’activité : la ministre nous promet de futurs groupes de travail. On a fait valoir que la progression prévue de 2,4% du budget de l’Hôpital ne suffisait pas : elle prétend le contraire. On a demandé des précisions sur l’ampleur et les conditions de reprise de la dette hospitalière annoncée fin novembre : elle nous annonce un projet de loi pour la fin de l’année…» Autant d’atermoiements insupportables pour les hospitaliers. «Le mouvement va continuer» promet le collectif qui a programmé ipso facto une journée «Hôpital mort» (seuls les soins urgents seront prodigués) le 14 février. Entre l’hôpital public et sa tutelle, le bras de fer se poursuit.

Nathalie Raulin

Source: liberation.fr

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