Des « gilets jaunes » aux élections municipales, la France des territoires « d’où la vie se retire » – Le Monde


Des manifestants devant la raffinerie de Feyzin, près de Lyon, le 18 décembre 2018.
Des manifestants devant la raffinerie de Feyzin, près de Lyon, le 18 décembre 2018. JEAN-PHILIPPE KSIAZEK / AFP

Jacquerie fiscale, révolte des ruraux contre les urbains, réveil de classes moyennes au pouvoir d’achat déclinant… On a beaucoup écrit sur le sens et les origines du mouvement des « gilets jaunes », qui a embrasé la France à l’hiver 2018. Les chercheurs du Conseil d’analyse économique (CAE), un think tank rattaché à Matignon, ont voulu aller plus loin, en identifiant et en hiérarchisant les raisons d’un malaise aux revendications très hétéroclites. Dans une note à paraître mardi 14 janvier, intitulée « Territoires, bien-être et politiques publiques », ils mettent en évidence l’influence, non seulement des facteurs économiques, mais surtout de la perte d’équipements publics et privés sur le mécontentement des Français à l’échelle locale.

« Mesurer le déclin d’un territoire, ce n’est pas seulement regarder les aspects revenu et emploi : c’est identifier les endroits d’où la vie se retire », résume Claudia Senik, professeure à Sorbonne Université et à l’Ecole d’économie de Paris, et l’une des trois auteurs de l’étude. « Afin de prendre le pouls des populations, notre point de départ a été l’analyse des déterminants locaux du mouvement des “gilets jaunes” et, plus généralement, des indicateurs de mal-être subjectifs », complète Yann Algan, professeur d’économie à Sciences Po.

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Concrètement, les chercheurs ont recensé, commune par commune, les mobilisations de « gilets jaunes » en novembre et décembre 2018. Ils ont croisé ces données avec cinq symptômes potentiels de mal-être de la population : le déclin de l’emploi, la fermeture des équipements publics et privés (commerces, services publics…), la hausse des impôts locaux, la chute des transactions immobilières et la diminution du nombre d’associations dans les communes. Il ne s’agit ni de définir des régions où les choses vont mieux ou moins bien, ni de classer les villes et agglomérations en fonction de leur taille, mais de s’intéresser à l’environnement immédiat des Français.

Parallèle entre mal-être et abstention

Première conclusion : il existe une relation directe entre le mécontentement des populations et la dégradation du niveau de vie, pas nécessairement personnel, mais local. « Ce n’est pas tant le niveau des indicateurs que leur évolution qui explique le mal-être, détaille M. Algan. Par exemple, la corrélation entre taux de chômage, ou pauvreté, et phénomènes “gilets jaunes” reste très ténue : les personnes impliquées dans le mouvement avaient pour la plupart un emploi. Mais le déclin du taux d’emploi dans la commune [sur les cinq à sept années précédentes] joue un rôle important. D’ailleurs, le mouvement n’est pas parti des traditionnels bastions ouvriers (Michelin, Renault, PSA…), mais des services postindustriels : chauffeurs routiers, aides-soignantes libérales… Dans ce contexte, les mouvements des ronds-points ont participé à une forme de socialisation. »

Source: lemonde.fr

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