Après l’épidémie, la Chine reconnaît devoir faire face « à des risques sans précédent » – Le Monde


CARLOS GARCIA RAWLINS / REUTERS

C’est un premier ministre inquiet qui a présenté vendredi 22 mai, au Palais du peuple, le rapport d’activité du gouvernement chinois devant les 2 897 députés de la 13e Assemblée nationale populaire (ANP). Tout d’abord, Li Keqiang a reconnu que, « à cette heure, l’épidémie n’[était] toujours pas terminée ». Cette session, exceptionnellement décalée d’onze semaines par rapport aux années précédentes en raison du Covid-19, restera marquée par cette image de l’ensemble des dirigeants chinois portant un masque, à l’exception des 25 membres du Bureau politique du parti et des 15 membres du comité permanent de l’ANP.

Principale preuve du doute ambiant : au cours de ce discours inhabituellement bref – cinquante-cinq minutes seulement –, le premier ministre a renoncé à présenter un objectif de croissance chiffré pour cette année. Une première depuis trente ans. Au premier trimestre, la croissance a reculé de 6,8 %, du jamais-vu depuis le début des publications trimestrielles du PIB au début des années 1990.

Depuis plusieurs semaines, économistes et politiques débattaient pour savoir s’il fallait fixer un objectif de croissance pour 2020 ou un objectif qui inclurait 2021 et permettrait de masquer la contre-performance de cette année, ou au contraire pas d’objectif du tout. Bien qu’en Chine, le produit intérieur brut reste normatif et ait de multiples implications économiques, le gouvernement a donc décidé de ne pas fixer de norme. « Cela s’explique surtout par la forte incertitude liée à l’évolution de l’épidémie et de la conjoncture économique et commerciale dans le monde. Notre développement économique risque d’être affecté par toute une série de facteurs difficiles à prévoir », a expliqué Li Keqiang. Selon le Fonds monétaire international, la croissance chinoise pourrait n’atteindre que 1,2 % cette année, contre officiellement 6,1 % en 2019.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Le Parlement chinois se réunit pour préparer l’après-coronavirus

Pauvreté et chômage

Les difficultés ne vont pas s’arrêter de sitôt. « Nous sommes confrontés à des risques sans précédent dans notre développement et nous le resterons dans les prochaines années », a reconnu le premier ministre. Une façon de dire que l’année 2021 ne s’annonce pas sous les meilleurs auspices. Une année pourtant symboliquement importante pour le Parti communiste, qui entend célébrer en grande pompe le centenaire de sa création à Shanghaï.

De même, il y a fort à parier que le gouvernement ne parvienne pas cette année à l’objectif fixé par Hu Jintao, le prédécesseur de Xi Jinping, en 2012 : doubler le niveau de vie des Chinois entre 2010 et 2020, ce qui nécessiterait une croissance proche de 6 % cette année. En revanche, le gouvernement continue de vouloir « remporter la victoire finale dans la lutte contre la pauvreté ». C’est en effet en 2020 que la grande pauvreté doit avoir été officiellement éradiquée.

Il vous reste 55.95% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

Source: lemonde.fr

Geef een reactie