«Pas d’immunité avec 20 au bac» : que deviennent les bacheliers en or ? – Le Parisien


« Toi, tu pourrais devenir président de la République ! ». Cette phrase, un brin puérile, ils l’ont entendue maintes et maintes fois sur les bancs de l’école primaire, du collège et du lycée. Presque autant de fois qu’ils ont empoché la note maximale sur leurs copies.

Mais au final, que deviennent ces « têtes bien faites » ? À l’occasion des résultats du baccalauréat 2019, nous avons voulu retracer le parcours de plusieurs d’entre elles. Mais pas n’importe lesquelles : ceux ayant décroché plus de 20/20 de moyenne générale au bac, à la faveur des différentes options.

Enseignement principal : décrocher l’Elysée ne figure pas vraiment dans leurs priorités… à une exception près et encore. Ces jeunes, à la maturité déconcertante, se dirigent plutôt vers des carrières de haut fonctionnaire ou de chercheurs. Portraits.

« J’ai parlé avec Jacques Chirac à l’Elysée »

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Sanjay Ramassamy, 31 ans, diplômé à La Réunion en 2005.

Sanjay est le seul à l’assumer. Dépasser 20/20, « c’était un objectif et un rêve », confie le Réunionnais, maintenant âgé de 31 ans. Malgré un 13 en sport et un 15 en philosophie, ce diplômé d’un bac scientifique a décroché un 20,3/20. En 2005, obtenir un tel résultat relevait de l’exceptionnel, encore plus qu’aujourd’hui.

S’en est suivie une semaine de sollicitations médiatiques en tous genres, conclue par une invitation à l’Elysée lors de la garden-party du 14 juillet. « Si j’avais eu moins de 20, ça n’aurait pas été la même chose. Mais là, c’était incroyable. J’ai brièvement parlé avec Jacques Chirac, je crois que j’étais le seul bachelier ayant eu plus de 20 à avoir été invité. C’était une fierté pour mes parents et moi ».

14 ans plus tard, Sanjay pense avoir répondu aux « fortes attentes » qu’une telle note laissait augurer. Ce fils d’une professeure des écoles et d’un agent administratif vient d’entrer au CNRS en tant que chercheur en physique théorique. « Bien sûr, j’avais un peu la pression. Mais, mis à part une première année en prépa HEC, qui ne me convenait pas, j’ai pu faire tout ce que je voulais ».

Normalien et thésard à l’université de Brown aux Etats-Unis (branche de la prestigieuse Ivy League, NDLR), il termine en relativisant l’importance d’une telle note. « Quand je suis arrivé à Paris, les gens pouvaient peut-être me cataloguer comme le mec qui a eu plus de 20. Mais ça s’est vite estompé. Tout est différent quand vous arrivez en prépa. On peut très bien avoir 16 au Bac et exceller en prépa, et vice-versa. »

« Je savais à peine ce que c’était l’ENS au départ »

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Emma Loignon, 20 ans, diplômé à Guéret (Creuse) en 2014.

Passer de la Creuse à la rue d’Ulm en à peine deux ans, cela donnerait des ailes à beaucoup de monde. Mais Emma n’est pas de ceux-là. Diplômée d’un bac S à Guéret avec 20,62/20 de moyenne générale et deux ans d’avance, la jeune femme vient d’achever sa deuxième année de normalienne à Paris, après une classe préparatoire BL (lettres et sciences sociales).

Aussi lucide que modeste, elle vogue de bibliothèque en bibliothèque sans plan de carrière établi. Avec la prépa, elle savait que l’heure des « sales notes » allait sonner. Quant à l’ENS, « je savais à peine ce que c’était au départ », rigole-t-elle. « Je n’avais un peu aucune idée de ce que je ferai après la prépa. Je me disais que j’irais à la fac. Moi, je viens d’un petit lycée. Je ne suis pas rentré à la prépa pour tenter le concours, juste parce que ça m’intéressait », poursuit-elle.

Fille d’une infirmière formatrice et d’un directeur administratif d’un club de rugby, cette force tranquille sait seulement vouloir consacrer sa carrière aux politiques environnementales. Dans un ministère ou dans une entreprise ? Elle ne veut « rien s’interdire ». On peut la comprendre.

« On n’a pas un totem d’immunité avec un 20 au bac »

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Vincent Perrot, 26 ans, diplômé à Brest en 2010.

Cet ancien élève du lycée privé Saint-Anne se montre moins sentimental avec ses résultats. Certes, ce 20,57/20 est venu conclure « une jolie période à Brest avec ses amis et des profs très performants en filière littéraire ». Mais la note reste, selon lui « anecdotique ».

Une fois arrivé en prépa, il n’était plus qu’un brillant parmi tant de brillants. « On est content dans les premières semaines, mais ça s’estompe assez vite. On est rattrapé par d’autres concours. On n’a pas un totem d’immunité avec un 20 au bac. 20,57, 20,34 ou 20,14… Vous savez, tout le monde avait des notes dans ces eaux-là à Henri-IV. On ne s’amusait pas à comparer ».

Celui qui avait d’abord comme souhait de devenir professeur d’histoire ou de lettres va finalement rejoindre l’ENA après des passages à l’ENS et HEC. « Une autre façon de servir l’Etat », s’explique-t-il. « Même si l’école est décriée, elle permet d’agir sur la société. On apprend sur le tas, on voit les gens. Que ce soit à l’ambassade de Prague ou à la préfecture de la Sarthe, où j’ai assisté à la pré-crise des Gilets jaunes ».

Fils d’un employé dans une PME et d’une auxiliaire de vie scolaire, Vincent Perrot s’apprête donc à devenir haut fonctionnaire. Dans les domaines régaliens si possible. Avant peut-être de se lancer en politique ? « On ne peut jamais totalement exclure de vouloir un jour servir autrement, mais ce n’est pas le débouché naturel. »

Doctorant, écolo et presque député insoumis

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Pierre-Yves Cadalen, 27 ans, diplômé à Brest en 2010.

Comme son camarade de classe Vincent, Pierre-Yves a rapidement balayé nos questions sur le bac – un simple « rite de passage », dit-il, malgré son 20,07/20. Le Breton a préféré embrayer sur ses opinions politiques et ses préoccupations quant à l’avenir de la planète.

Il faut dire que le jeune homme n’a jamais caché son goût pour la chose publique. Il s’est encarté dès sa première année à Sciences Po Paris… pour finalement déchanter deux mois plus tard. « J’ai intégré la section PS mais je me suis vite rendu compte que c’était des carriéristes dépourvus d’idées », se marre-t-il. Pierre-Yves se laissera finalement séduire quelques années plus tard par le discours du Parti de gauche de Jean-Luc Mélenchon.

En parallèle de sa thèse sur la géopolitique en Amazonie, le futur docteur en sciences politiques a même candidaté aux dernières législatives à Brest. Résultat : une très admirable qualification pour le second tour, perdu face au candidat LREM. « Cet engagement politique permet de me redonner un peu d’espoir et de compenser ce que je constate dans mes recherches », observe le militant insoumis.

« En prépa, ça n’a aucun sens de traiter quelqu’un de génie »

Estelle Antibi, 20 ans, diplômé à Rueil-Malmaison (Hauts-de-Seine) en 2014

« À part la prime mention très bien de ma banque, je n’ai reçu aucune récompense particulière ». Estelle Antibi se souvient avec légèreté de cet été 2016 où elle fêta ce 20,2/20, décroché grâce aux options latin et classe européenne anglais.

« Quoi qu’il arrive après, j’ai déjà ça pour moi », se disait-elle alors. Un credo qu’elle ne semble pas avoir abandonné. À l’écouter, la jeune femme n’a jamais eu le temps de prendre la grosse tête. « En prépa, ça n’a aucun sens de traiter quelqu’un de petit génie. Il n’y avait que des gens exceptionnels à Henri-IV ». Inscrite depuis un an à l’école des Mines de Nancy (Lorraine), Emma se voit bien continuer encore quelques années dans les travées d’amphithéâtres. Bien qu’attirée par le biomédical en laboratoire, l’idée d’un double diplôme avec Sciences Po l’année prochaine la tente aussi énormément. « Je me laisse beaucoup guider. Je vis ma vie d’étudiante, et quand il y a des choix à faire, je les fais ».

« Aller dans ces écoles en traînant les pieds, ça ne m’intéressait pas »

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Hugo Jasniak, 18 ans, diplômé à Douai (Nord) en 2019

Impossible de prédire les vicissitudes de la vie universitaire, mais pour l’instant, Hugo n’a aucune envie de franchir le perron des grandes écoles. Sa moyenne de 20,32/20 n’a pas fait dévier ses ambitions d’un iota. Depuis la fin de la 3e, ce natif de Denain rêve d’enseigner la langue de Molière au Royaume-Uni. La rentrée se fera donc fin septembre à l’université de Lille dans une licence d’anglais puis, si tout se passe bien, dans un master de professeur de français.

« Mes profs m’encourageaient à “viser plus haut”, comme ils disaient. Ils me parlaient d’Henri-IV ou de l’ESJ Lille en école de journalisme. Mais, si c’est pour y aller en traînant les pieds, ça ne m’intéressait pas », raconte ce bonhomme majeur depuis quelques heures. « La seule école qui me tentait, c’était un diplôme franco-britannique à Sciences Po Lille. Mais, je n’ai pas les moyens », confie-t-il, sans la moindre pointe d’amertume. Élevé par un père major de police et une mère assistance maternelle, Hugo ne rentre en effet dans aucun critère. Trop aisé pour bénéficier d’un statut de boursier, mais pas assez modeste pour répondre aux critères d’accès à la bourse au mérite.

Malgré tout, Hugo entend bien poursuivre ses escapades mensuelles à Londres. Ce fan d’Adele et d’Ed Sheeran s’y est récemment fait de très bons amis, des comédiens jouant dans la célèbre pièce de théâtre « Harry Potter et l’enfant maudit ».

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